Pour vous faire voyager dans l'univers du cinéma de genre et de série B.Des instantanés sous forme d'articles pour vous donner les clés du coffre de quelques pépites rares du 7ème Art.
Vincent n'a pas d'écailles, mais il n'est pas comme nous. Vincent a des super pouvoirs, mais il n'est pas un super héros. Vincent plonge dans toutes les eaux. Rivière, lac, fontaine ou ancien lavoir, il trouve toujours une échappatoire pour cacher sa singularité à ses congénères. Car ils ne peuvent comprendre que l'eau qui tombe aussi du ciel lui donne une vitalité et une force insoupçonnée.
Vincent est un marginal. Un solitaire. Ce n'est pas un animal asocial, il est juste un peu sauvage, un homme ordinaire possédant un don extraordinaire dont il ne veut tirer aucun avantage. Il cherche tout simplement à vivre dans une province qui lui permet de nager dans son élément préféré.
Il travaille dans les chantiers ou pour un particulier. Il jouit de ses pouvoirs en toute intimité jusqu'au jour où il rencontre Lucie et finit par lui avouer son secret.
Intriguée, elle le regarde faire ces tours sans perdre son envie de lui faire l'amour. Dans cette société rurale où l'on vit en toute tranquillité, il semble avoir trouvé sa place.
Mais une bagarre bête et brutale met au grand jour sa différence. Poursuivi par la gendarmerie, notre Buster Keaton national est contraint de fuir et se mouille, plongeant le film dans une course poursuite bondissante et facétieuse qui, au passage, éclabousse les préjugés sur ceux que l'on ne veut pas intégrer.
Restant insaisissable telle l'eau est impalpable, l'animal traqué sans écailles parviendra-t-il longtemps à passer entre les mailles du filet ?
Certes, le sujet du film avec ses personnages à la psychologie volontairement pas très fouillée, son scénario pas très épais et ses dialogues discrets pourrait se contenter d'un court métrage, mais l'intérêt se trouve ailleurs.
L'acteur réalisateur Thomas Salvador plonge son héros fantastique et lunaire dans une France rurale ; un univers bien réel. Le courant de son film nous emporte délicatement vers un naturalisme contemplatif et un burlesque agile en même temps qu'il nous saisit par sa référence fantasmagorique au Marvel Comics. Sa mise en scène joue à merveille de ce décalage excentrique, de cette dichotomie extrême entre ce qui ressemble à un documentaire et une fiction fantastique.
Le film n'est ni l'un ni l'autre. Il a son propre caractère.
C'est un véritable OVNI en état de grâce qui réussit à faire d'un choc une harmonie. Les trucages mécaniques plus économiques qui remplacent ici les effets spéciaux numériques trop couteux participent à cette réussite d'une mise en scène subtile.
Réjouissons-nous que les ricains soient incapables de réaliser un tel film !