Pour vous faire voyager dans l'univers du cinéma de genre et de série B.Des instantanés sous forme d'articles pour vous donner les clés du coffre de quelques pépites rares du 7ème Art.
Découvert récemment sur Arte, SOUS LES PONTS d'Helmut Kautner est un film de 1944, la production allemande étant encore sous l'emprise de Goebbels, Potsdam et Berlin subissant les bombardements alliés. Pourtant aucune propagande idéologique, aucun délabrement n'encombrent ici cette œuvre anachronique. Au contraire, un vent léger de pureté et d'optimisme souffle sur la pellicule.
L'intrigue est très simple. Deux mariniers soudés par l'amitié naviguent sur la Havel en matant sous les jupons des filles quand leur péniche passe sous les ponts. Leur mode de vie est une liberté, mais aussi une prison, car jamais ils ne peuvent rester sur le même quai. Le véritable amour leur est étranger. Ils croient, un jour, le trouver, en sauvant une belle désespérée. Lequel des deux devra s'incliner si les sentiments de la belle sont partagés ? Leur amitié parviendra-t-elle à résister ?
La modernité de la mise en scène transcende complètement son sujet. Mouvements de caméra et cadrages dans le cadre coulent harmonieusement, insérant les personnages dans les objets du décor. Le noir et blanc en clair-obscur se reflète sur les architectures métalliques des ponts de Potsdam et de Berlin. Villes rêvées où les ruines réelles n'apparaîtront jamais. Réalité fantasmée que l'on pourrait placer entre le réalisme poétique français d'un Marcel Carné et d'un Jean Grémillon.
Avec L'ATALANTE de Jean Vigo, SOUS LES PONTS est désormais mon film au fil de l'eau le plus beau. La scène du marinier cherchant à souffler le désir sur la mèche tombante de sa dulcinée penchée innocemment sur son pouce qu'elle cherche à soigner ou celle où il lui apprend à écouter la petite musique du bateau ; le doux clapotis de l'eau sur la carlingue, le frottis cordial du cordage sur le bollard... constituent les plus belles rimes de ce poème cinématographique qui voguera longtemps à travers les âges.