Pour vous faire voyager dans l'univers du cinéma de genre et de série B.Des instantanés sous forme d'articles pour vous donner les clés du coffre de quelques pépites rares du 7ème Art.
L'ENFER EST A LUI (1949-WHITE HEAT)
Réal.: Raoul Walsh , Scé.: Ivan Goff , Ben Roberts , D'après une histoire de Virginia Kellogg , Ph.: Sid Hickox , Déc.: Edward Carere , Mus.: Max Steiner , Prod.:
Louis F. EDELMAN/Warner Bros , Durée: 114 mn
avec : James Cagney , Virginia Mayo , Edmond O'Brien , Margaret Wycherly , Steve Cochran , John Archer , Wally Cassell , Mickey Knox , Paul Guilfoyle , Ian Mac Donald , Fred
Clark
, Ford Rainey
Ce n'est pas dans la petite cervelle de ce gros bêta de Léo , le lion propre sur lui de la MGM avec ses rugissements à effrayer une pucelle , que germe L'ENFER EST
A LUI . A la MGM , acteurs et réalisateurs sont domptés depuis longtemps . Ils vivent dans une cage dorée et réalisent des comédies musicales , des oeuvres historiques et des biographies d'hommes
célèbres très coûteuses . Face à cette effervescence académique et à ce conservatisme de la luxuriance , la Warner apparaît bien plus sauvage et n'hésite pas à aborder des sujets sociaux plus
réalistes . A la Warner , on aime les gangsters dans les films noirs . Ici , le héros ce n'est pas Edmond O'Brien qui joue le rôle fade du flic infiltré mais James Cagney ce cinglé de Cody
Jarrett . Un acteur-fauve redoutable , impossible à mettre en cage . Le genre d'animal qu'il ne faut pas regarder dans les yeux , qui souffre d'une dégénérescence héréditaire et dont il faut se
méfier . Une fêlure au cerveau lui donne des migraines et des maux de tête terribles à cause sans doute d'un gêne venu tout droit de l'asile de fou où a fini son père . Il voue un amour compulsif
à sa mère complice , seule véritable équilibre dans sa vie faite de braquages et de cavales . Dans sa bande tout le monde le craint même Verna (Virginia Mayo) sa femme complote contre
lui . Mais "Ma" veille au grain...Vous riez ? Vous vous moquez du fils à sa maman ! Alors vous finirez dans un coffre de voiture , cribblé de balles .
L'interprétation épileptique de James Cagney prend toute sa dimension démesurée lors de la fameuse scène où son personnage apprend la mort de "Ma" dans la cantine de la prison . L'information
remonte jusqu'à lui de prisonnier à prisonnier tel un "téléphone arabe" qui sourdre progressivement la folie qui va s'emparer de lui . De sa gorge sort alors des pleures de petit enfant combiné à
des rugissements féroces de fauve touché par la rage .
Pour maîtriser un tel acteur qui joue autant avec le feu , il faut un réalisateur , un vrai . Un instinctif , un anticonformiste qui n'a pas peur de se brûler . Raoul Walsh a la trempe nécessaire
et sa mise en scène convulsive est faite de plans qui jaillissent comme des pulsions . La cadence frénétique qui s'impose place le film au sommet du genre . Un film charnière , une
passerelle entre les gangsters classiques des années 30 , 40 jusqu'à ceux plus modernes dans la violence de A . Mann , Fuller jusqu'à Scorsese . D'ailleurs le personnage déjanté de Joe Pesci dans
LES AFFRANCHIES fait un peu penser à Cody Jarrett . Je dis bien :"un peu" car seul James Cagney est "top of the world" .