Pour vous faire voyager dans l'univers du cinéma de genre et de série B.Des instantanés sous forme d'articles pour vous donner les clés du coffre de quelques pépites rares du 7ème Art.
LADY CHATTERLEY (2006)
Réal.: Pascale Ferran , Scé.: Pascale Ferran , Roger Bohbot , Pierre Trividic , D'Après le roman d'D.H Lawrence « Lady Chatterley et l'homme des bois » , Ph.:
Julien Hirsch , Mus.: Béatrice Thiriet , Prod.: Maia Films , Durée: 2h38
Avec: Marina Hands , Jean-Louis Coulloc'h , Hippolyte Girardot , Hélène Alexandridis , Hélène Fillières , Bernard Verley , Sava Lolov , Christelle Hes
Ce que Pascale
Ferran nous offre là est unique et précieux : le point final jamais posé sur l'oeuvre de D.H Lawrence . Bien sûr le grand public savait avec
l'évolution des mœurs qu'il ne s'agissait point de pornographie ni même d'obscénité mais savait-il qu'il ne s'agissait pas uniquement d'érotisme mais d'une analyse lucide sur les relations entre
hommes et femmes .
D'un livre en avance sur son temps , Pascale Ferran en fait un film hors du temps . Un superbe portrait de femme-enfant qui veut échapper comme une question de vie ou de mort à son destin de
garde-malade . La vision soudaine du corps nu , viril et trapu du garde-chasse de son mari infirme la laisse paniquer et à bout de souffle devant le désir qui jaillit en elle . Constance n'aura
de cesse alors de franchir cette barrière lourde de symbolisme pour retrouver son amant , faisant fi des bonnes mœurs , des différences sociales , familiales et des préjugés qui en découlent .
Dorénavant , elle possède la clé du bonheur , celle de la cabane de son homme des bois . Loin de la société et de ses entraves sociales , les deux amants apprennent à être à l'écoute de leurs
sens et à se respecter .
La nature omniprésente nous chante sa petite musique , c'est vers elle que Constance vient se ressourcer . Elle boit l'eau de la rivière et cueille les jonquilles . Elle caresse les plantes , les
arbres et sourit aux nuages . Sa relation amoureuse ne peut atteindre sa plénitude qu'au rythme des saisons , débarrasser des carcans de la société . Peu à peu les étreintes d'abord gauches et
les corps entravés par les tissus de l'homme civilisé se libèrent et s'effeuillent jusqu'à trouver une sexualité harmonieuse et saine . C'est naturellement , au pied d'un arbre , que les deux
amants après avoir fait l'amour s'extasient d'avoir jouis ensemble . Cette sexualité sans tabou n'a à aucun moment le parfum de scandale, jamais ne pèse le poids de la culpabilité sur eux . Dans
cet état d'esprit et de cœur qu'est l'état de nature cher à Jean Jacques Rousseau , la forêt est un no man's land hors du temps qui les protége et où jamais ils ne se feront surprendre .
D'ailleurs , la très belle scène du fauteuil roulant motorisé de Clifford qui n'arrive pas à gravir la colline nous souligne aussi que nous ne sommes pas dans l'apologie de l'adultère . Clifford
et son infirmité étant le lien qui les unit et les désunit , leur chance et leur fardeau . Il s'agit bien là d'amour et non pas seulement de sexe , qui mène au désir d'avoir un enfant , d'aimer
l'autre sans vouloir le posséder . Un amour parfait , idéalisé qui baigne dans un univers symbolique comme dans un rêve ou un fantasme qui pourrait s'emparer de l'esprit d'une aristocrate à la
vie terne et ennuyeuse .
A cette force symbolique donnée par la répétition des plans sur la barrière qui sépare le château de la cabane , des plantes et des fleurs répond une interprétation de Marina Hands et de Jean
Louis Coulloc'h saisie sur l'instant . Nous assistons en temps réel à l'apprentissage d'une femme qui est avec un naturalisme saisissant dans le vrai . Un personnage de chair et d'os et de
passion , qui ne semble pas avoir été couché sur papier , qui représente pourtant la Liberté de la Femme . Peut-être est-ce en cela que réside la réussite de cette adaptation littéraire : cette
même faculté qu'a le livre de savoir conjuguer le verbe aimer à tous les temps .