Pour vous faire voyager dans l'univers du cinéma de genre et de série B.Des instantanés sous forme d'articles pour vous donner les clés du coffre de quelques pépites rares du 7ème Art.
GABRIEL OVER THE WHITE HOUSE
(1933)
Réal.: Gregory La Cava , Scé.: Carey Wilson , D'après le roman de T.F.Tweed , Ph.: Bert Glennon , Mus.: William Axt , Prod.: Walter Wanger ,
Dist.: MGM
Avec: Walter Huston , Karen Morley , Franchot Tone , Arthur Byron , Dickie Moore , Henry C.Gordon , David Landau
En cette période d'élection
présidentielle américaine , ce film méconnu de 1933 au sujet toujours aussi moderne nous tombe du ciel . On connaissait la trilogie idéaliste imparable de Frank Capra que seule la critique de
populiste pouvait nuancée . Avec GABRIEL OVER THE WHITE HOUSE ce reproche ne vient même pas à l'esprit tellement nous sommes devant un ovni ; une politique fiction teintée de fantastique touchée
par la grâce . A l'ordre du jour : le cynisme des politiques , l'arrivisme du nouveau président (Walter Huston) et de son parti . Le but est d'arriver au pouvoir sachant pertinemment que les
promesses sont du vent . Les poignées de mains terminées , le marasme économique ne fait que durer . La force du film est de nous renvoyer à l'actualité de l'époque: la débâcle de la crise de 29
pour trouver un incroyable écho sur notre Crise financière actuelle . Les problèmes sont les mêmes et les politiques toujours aussi habiles pour les contournés . Il faut un accident de voiture et
une descente de l'archange Gabriel sur la maison blanche pour que le président ne soit plus lui-même et décide de prendre le taureau par les cornes . Comme dans les films de Capra , plus les
paroles du président deviennent censées , plus on le prend pour un fou .
Gregory La Cava , avec intelligence , sait que l'homme providentiel peut se transformer en dictateur mais va jusqu'au bout de sa fable sociale utopiste . Les problèmes du chômage , de la
société gangrenée par la corruption , des finances et du budget sont pris à bras le corps dans le souci d'une véritable paix sociale et prospérité mondiale . L'étonnante scène de la conférence où
le président fait bombarder sa propre flotte pour prouver aux pays européens la nécessité d'en faire autant est aussi culottée qu'elle fonctionne divinement bien . En cette année 1933 cet homme
providentiel touchée par la grâce est bien sur la copie idéalisée de Roosevelt qui accède au pouvoir cette même année . Sa politique interventionniste du New Deal qu'il mettra en place trouve
aussi un parallèle avec les dirigeants actuels partant au secours des banques en faillites . Fable utopiste avez-vous dit ? Pourtant devant ce fait récent les démocraties libérales ont vu leurs
dirigeants se comporter littéralement comme des « Mr Deeds anachroniques » , la main sur le cœur , qui donnent « leurs argents » pour sauver un obèse ultralibéral qui
s'est gavé sans faim alors que des immeubles entiers vides laissent leurs portes closes devant les sans abris , que le chômage perdure et que le pouvoir d'achat endure , face aux richesses
livrées aux spéculateurs et jamais réinvesties . Les caisses étaient vides . Elles ne le sont plus ! Allons sauver ceux qu'hier nous ignoraient et nous méprisaient ! Rêvons qu'un jour la tendance
s'inverse , que le démocrate batte le républicain . Alors peut être cette fable utopiste se révèlera symboliquement prémonitoire . Vision chimérique idéaliste me direz-vous ? Non , simple
spéculation optimiste! (Diffusions sur TCM et ce soir sur France 3)