Pour vous faire voyager dans l'univers du cinéma de genre et de série B.Des instantanés sous forme d'articles pour vous donner les clés du coffre de quelques pépites rares du 7ème Art.
HANGOVER SQUARE(1945)
Réal.: John Brahm , Scé.et adapt: Barre Lyndon , D'après le roman de Patrick Hamilton , Ph.: Joseph La Shelle , Mus.: Bernard Hermann , Prod et Dist.: 20th
Century-Fox , Durée: 78 mn
Avec: Laird Cregar , Li
nda Darnell , George Sanders , Glenn Langan , Faye Marlowe , Alan Napier
L'un des fleurons jamais assez vanté du film de studio
où John Brahm peut maîtriser tous les paramètres de sa mise en scène . Déjà il avait excellé avec ce qui est la meilleure adaptation de JACK L'EVENTREUR . A peine a-t-il quitté cette atmosphère
lugubre de l'époque Victorienne , qu'il enchaîne avec la même équipe pour nous replonger dans son style chère à l'expressionnisme allemand.Il nous immerge avec délectation dans cette
histoire de Patrick Hamilton , déjà à l'origine du très célèbre HANTISE de Georges Cukor . Laird Cregar est toujours aussi ambigu et tourmenté . Peter Lorre avait son M LE MAUDIT , Laird Cregar a
son HANGOVER SQUARE avec sa stature imposante , sa voix douce , ses gestes fébriles , sa violence impulsive , son regard qui panique . Sa disparition avant la sortie du film causée par une
succession de régimes trop stricts le rapproche non sans dérision de Georges Bone , un homme passionné en lutte contre lui-même où l'acteur rejoint le personnage qu'il interprète .
George Bone est un compositeur de talent souffrant d'amnésie . A chaque sortie de crises causées par une contrariété et un bruit discordant , il ne se souvient plus de ... ses crimes . D'un homme
raffiné , il se transforme en bête sauvage sans en avoir conscience . On reconnaît là une variante du Docteur Jekill et Mr Hyde entre film noir et fantastique . En contactant le docteur Middleton
(George Sanders) de Scotland Yard il cherche les preuves pour se disculper ou se condamner . C'est un innocent aux mains sales! Et lorsque le docteur lui explique qu'il peut guérir ses amnésies
en abandonnant sa musique pour éviter le surmenage , on sait qu'il est perdu car on ne peut échapper à ce que l'on est .
Le concerto macabre peut commencer , composé par Bernard Herrmann il impose un tempo de génie à la caméra de Brahm qui met en lumière les zones les plus sombres de notre personnage tourmenté .
Dès que la musique retentit lors du concert final , la caméra se met en mouvement pour clore en apothéose une virtuosité technique irréprochable . Elle nous rappelle qu'Hitchcock n'est pas le
seul à faire naître le suspense sur la musique de celui qui deviendra son collaborateur attitré .
La photographie resplendissante d'HANGOVER SQUARE signée par Joseph La Shelle nous sort de l'ombre pour en dessiner d'autres sur les décors et costumes . Elle achève de donner au film ce
raffinement , cette noirceur , cette fascination vénéneuse et morbide qui contamine le spectateur . (Actuellement sur CineCinemaClassic dans une copie qui rend hommage au travail du
chef-opérateur malgré quelques points blancs et rares griffures .Une copie qui ne demande qu'à être restauré .)