Pour vous faire voyager dans l'univers du cinéma de genre et de série B.Des instantanés sous forme d'articles pour vous donner les clés du coffre de quelques pépites rares du 7ème Art.
LE FLEUVE SAUVAGE (1960-WILD RIVER)
Réal.: Elia Kazan , Scé.: Paul Osborne , William Bradford Huie , Borden Deal , Ph.: Ellsworth Fredericks , Mus.: Kenyon Hopkins , Dist.: 20th Century-Fox , Durée: 109 mn , Coul
Avec: Montgomery Clift , Lee Remick , Jo Van Fleet , Albert Salmi , Jay C Flippen , James Westerfield , Barbara Loden , Franck Overton .
Dans les années 30 , durant le New Deal de Roosevelt , Chuck Glover (Montgomery Clift) a pour mission de
déloger Ella Garth (Jo Van Fleet) , une vieille dame propriétaire de son île avant le lâcher des eaux du nouveau barrage en aval du fleuve Tennessee . Il faut dompter le fleuve sauvage souvent
meurtrier lors de ses crues successives au nom de la protection des citoyens , de la civilisation , du progrès. Elia Kazan encre son histoire dans une réalité historique imparable pour
s’intéresser de plus près aux hommes . On le sent partager entre cette politique moderne et la réponse d’Ella Garth qui parle respect de la nature , attachement à sa terre et dignité humaine . La
métaphore du chien qui n’est pas à vendre qu’elle adresse indirectement à son adversaire alors qu’il n’a pas encore ouvert la bouche est irréfutable . On sent Chuk Glover un peu trop humain pour
cette mission , c’est justement par l’écoute et la délicatesse qu’il pourra réussir là où son prédécesseur a échoué .
Mais lorsque Carol (Lee Remick) , la fille d’Ella décide de prendre le bac avec lui pour gagner l’autre rive , le film se laisse dériver doucement par le courant du fleuve au son des chants d’un cantique Sudiste . Elle lui raconte son passé , lui montre sa maison laissée à l’abandon . La nuit commence à tomber . Elle lui demande de rester . Dans la brume matinale , les deux amants improbables se quittent . Elle, reprenant le bac pour retrouver son île , lui s’éloignant en voiture: deux êtres qui partent dans une dérive des sentiments .
Sans aucun doute , le réalisateur est amoureux de cette contrée et c’est un amour en cinémascope aux couleurs automnales qu’il filme comme on écrit un poème réaliste et lyrique à la fois . La lumière ocre et la pluie qui tombe puis qui cesse au rythme des sentiments , l’hésitation de Chuck emportée finalement par la force passionnée de Carol (Lee Remick magistrale dans un superbe portrait de femme forte et fragile).
Une mise en scène harmonieuse mêle ainsi ces deux courants : le film à thèse socio-économique où tous les points de vue sont pris en considération et le mèlo flamboyant où les passions embrasent les cœurs les plus solitaires .
Cette démarche résolument adulte et responsable est à l’image de ces personnages qui sont à l’écoute de l’autre et abordent des thèmes riches et nombreux comme le poids du passé , la filiation , le déracinement , le racisme et bien d’autres encore .
Ce sentiment d’ouverture d’esprit domine tout le film et n’est pas à prendre comme une faiblesse . Le chantage et la violence des racistes Sudistes sont dédramatisés et paraissent totalement stériles . Les deux amants jetés à terre , dans la boue se redressent avec des sentiments décuplés .
WILD RIVER possède cette passion dévastatrice et ce désir sexuel qui inondent et brûlent les amants que l’on trouve dans les plus beaux mélos .
A ranger dans votre dvdthèque devant les meilleurs Douglas Sirk .
(Actuellement sur TCM , existe en DVD dans une très belle copie paraît-il .)