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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 22:21

L'hymne des sentiments

 

Après la sanglante Première Guerre mondiale, la perte d'un être cher fait perdurer l'enfer. Le Français Adrien (Pierre Niney) en est revenu. Il cherche à rencontrer les proches de l'Allemand Frantz qui n'a pas eu cette chance. Le fils unique chéri n'est plus. Et l'amour de sa fiancée, Anna, n'a pas vécu. Les vaincus ont tout perdu, mais la main tendue du Français les rapproche de leur fils disparu.

Quand l'explosion des bombes cesse, le vent sur les feuilles fait entendre ses caresses, constate Adrien qui ne trouve pas la paix.

À fleurir la tombe vide de ses souvenirs, Anna n'est pas moins torturée. Écartelée entre le chant allemand et la Marseillaise, elle est à l'écoute de l'hymne de ses sentiments dans les ruines de son passé où toute tentative de reconstruction semble vouée à s'écrouler.

Des deux côtés de la frontière, les entraves et fêlures accumulées l'empêchent de libérer son âme. L'interprétation remarquée de Paula Beer brosse le portrait sensible de cette femme partagée entre ses émotions.

La mise en scène de François Ozon pousse les personnages dans leurs derniers retranchements pour mieux relancer le suspense de ce mélo tout en retenue raffinée. Maligne, elle nous fait croire à leurs mensonges et à ce qu'ils ne peuvent exprimer. Dans un somptueux noir et blanc contrasté, parsemé de scènes colorées aux teintes pastel, Ozon ose abuser du classicisme et du romantisme avec succès. S'inspirant d'une pièce pacifiste de Maurice Rostand adaptée au cinéma en 1932 par Ernst Lubitsh, il étreint son sujet pour en faire une œuvre indémodable, hors du temps.

Non, le cinéma de papa n'est pas mort. Il reste d'actualité, car les bombes ne cessent pas de tomber et les sentiments humains de s'élever.

 

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