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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 20:57

La balle antistress ou celle du revolver

Dans la lignée de LA JOURNEE DE LA JUPE où une enseignante désarmée prenait en otage ses élèves pour lutter contre la violence d'un machisme écervelé, Isabelle Adjani nous gratifie d'une nouvelle interprétation magistrale dans CAROLE MATTHIEU diffusée sur Arte, vendredi soir.
Notre Isabelle nationale s'empare ici d'un autre problème social ; celui des dérives du management brutal.
Médecin du travail, elle est confrontée à l'urgence d'aider les salariés en détresse d'une société de téléphonie. Se heurtant à l'aveuglement de toutes les hiérarchies, elle souffre de cette inertie jusqu'à la dépression, peut-être même jusqu'à la folie.
La politique de cette entreprise planifie la souffrance au travail au nom de la sacro-sainte rentabilité qui justifie les efforts surhumains. Même la vendeuse qui fait du chiffre sera amenée à être recadrée si elle ne se conforme pas à l'image de la société. Un esprit de corps est favorisé qui se nourrit de bassesses humaines et de petites lâchetés. Une vraie petite communauté soumise aux contraintes du profit.
Pour toute alternative, ses membres bien appris luttent en silence contre la pression avec une balle antistress à la main. Les plus motivés seront adoubés par une cérémonie potache d'un perçage d'oreille et mise en place d'un diam ; signe honorifique d'un manager doué capable de faire baliser les plus faibles « chiffres ». 
La réussite professionnelle est placée sur un piédestal et prend toute la place. Aucun crédit n'est accordé à la vie sociale, à la vie familiale, encore moins à la santé mentale qui courbe l'échine comme la colonne vertébrale.
Le corps entier est gangrené et personne ne peut donner l'alerte pour stopper ce mécanisme pervers. Tout le monde est en colère. Tout le monde a peur. Tout le monde se terre dans sa culpabilité à ne pas bien faire son métier sans regarder la réalité en face. Et pour tout accepter, il y a le prétexte de garder à tout prix sa place dans cette société en grave crise morale. 
Pour démonter cette machine diabolique, le film social se jette dans la noirceur des rouages du thriller. La mise en scène métaphorique volontairement ambiguë s'évertue à fausser les repères du spectateur pour l'imprégner du trouble des vendeurs. 
Si un suicide ou plus ne peut changer les choses et remettre en cause les consciences alors les hommes sont fous : du personnage principal à la culpabilité désarmée qui tue au psychisme effondré de salariés nus jusqu'aux DRH et directeur servilement obtus. 
L'esprit et le corps souffrent au travail. Tout est normal. Alors il ne reste plus qu'à faire le dernier geste fatal.
À ce titre, l'insert sur la balle antistress que le suicidé laisse en évidence est plus révélateur qu'une lettre d'explication. Cet objet dérisoirement réducteur lui permettait de tenir le coup. Symbole aussi de sa carrière professionnelle qui ne tenait plus debout. Comme si cette balle inerte le réduisait à un être faible renonçant à l'écraser. Juste une mort absurde d'un homme en souffrance au travail qu'un système totalitaire érige en simple anomalie banale. 
Le film de Louis-Julien Petit,(à qui l'on devait déjà la comédie sociale DISCOUNT), s'il peut désorienter dans sa narration, ne laisse planer aucun doute sur ces dirigeants qui pratique l'art de la mise au placard jusque dans le corbillard.
Leurs armes s'appellent pression, chantage, intimidation, humiliation. Autant de balles placées dans le barillet. Autant de canons en acier placés sur le front des salariés. Et si nous détournons la tête par lâcheté, c'est notre doigt malgré nous qui presse la gâchette. 
Il est d'une importance vitale de jeter ce revolver pour changer définitivement de vocabulaire. L'être doit l'emporter sur le paraître. Le meurtre ne doit plus être maquillé en suicide. 
À voir aussi sur le même sujet, si votre humeur le permet, le glaçant DE BON MATIN avec Jean-Pierre Darroussin.

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, personnes qui marchent, texte et plein air
 
 
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